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Sectes, Etat, laïcité
Contribution
Présentée par : Catherine PICARD membre du Conseil national
Le phénomène sectaire se développe et se complexifie. Les grandes sectes nées surtout aux Etats-Unis dans les années soixante ont été suffisamment dénoncées pour leurs exactions, souvent condamnées pour leurs délits : l’opinion publique française les connaît et ne s’y trompe pas. En revanche il est beaucoup plus difficile de cerner, pour le citoyen, les microgroupes qui pullulent et se reconnaissent autour d’une idéologie pseudo médicale, d’une pratique pseudo thérapeutique, ou d’une spiritualité New Age. Ce citoyen est d’autant moins aidé que les outils mis à sa disposition par le gouvernement Jospin pour s’informer ne fonctionnent plus ou mal.
Aujourd’hui, le gouvernement de droite a baissé la garde, et la majorité parlementaire est frileuse. Ainsi, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) a vidé de toute réalité le terme « lutte ». Elle agit comme un observatoire qui garderait pour lui les résultats de ses observations, se bornant à communiquer une fois par an un rapport sur l’air de Tout va très bien…Les 54 parlementaires du groupe sectes à l’Assemblée nationale, qui perpétuent un consensus politique sur la question sectaire, consensus de plus en plus vidé de son sens par la politique menée à droite, se sont vu obstinément refuser de nouvelles commissions d’enquête parlementaire sur la formation professionnelle ou le secteur santé, infiltrés tous deux par les sectes, par l’ancien Président de la Commission des Lois devenu Ministre de la Justice.
Certains préfèrent même s’afficher comme favorables aux sectes. La seule « information » de la droite sur les sectes vient d’une reconnaissance larvée de celles-ci. Tom Cruise, porte-parole affiché de la Scientologie, a été reçu à Bercy avec des honneurs inédits par un ancien Ministre des Finances qui était auparavant – et est redevenu depuis Ministre de l’Intérieur, et donc des cultes. Tom Cruise est reçu triomphalement à Marseille pour recevoir la médaille de la ville. Quant aux Témoins de Jéhovah, condamnés à payer plus de 45 millions d’euros pour fraude fiscale, ils n’ont toujours pas payé, et sont reconnus comme cultes –au titre de la loi de 1905- par près de 70 départements, parce que le Ministère de l’Intérieur continue à considérer l’émeute comme seul « trouble à l’ordre public », ne tenant pas compte ni du refus hautement préjudiciable de la transfusion sanguine, ni de l’enfermement psychologique des enfants.
Car ce sont pour les mineurs et les plus faibles que les sectes sont les plus dangereuses. Enfant mort de faim dans une affaire liée à la kinésiologie à Quimper ; jeunes filles de moins de quinze ans violées et abusées par un gourou pédophile dans un music-hall près de Marseille, ou enfants abusés par des adeptes de Gurdjieff dans le Rhône. Cela rappelle d’autres affaires plus anciennes. Les sectes s’en prennent toujours aux plus faibles, et d’abord aux enfants, qui sont considérés comme des extensions de leurs parents sectaires, et non comme des citoyens en devenir.
Les sectes s’attaquent aussi aux personnes âgées, lorsque leurs bénévoles, dans les services de soins palliatifs, se préoccupent plus des héritages que du soutien à apporter aux mourants et à leurs familles. Elles sont les parmi les premières sur les lieux de catastrophe : Scientologie après l’explosion de l’usine AZF à Toulouse, Témoins de Jéhovah dans les inondations de la Somme ou du Vidourle.
Partout où l’Etat s’efface parce qu’amoindri par le libéralisme, les sectes prospèrent. On sait que le libéralisme globalisé tend à détruire l’Etat-Nation et ses protections, parce qu’elles sont considérées comme autant d’obstacles au marché. On pourrait citer en France même de nombreux exemples où la secte tend à remplacer l’Etat défaillant. Dans le secteur de l’éducation, le soutien scolaire a été touché par la Scientologie, et ce sont les parents et les élus qui ont réagi. Mais aura-t-on à l’avenir la même vigilance pour l’enseignement à distance, ou les cours diffusés par Internet ? Dans le secteur de la petite enfance, le manque de crèches a favorisé la multiplication des assistantes maternelles, et la présence –qui a inquiété les conseils généraux- de nombreuses Témoins de Jéhovah. Qu’en sera-t-il demain, avec l’abaissement du niveau des diplômes d’infirmières dans le secteur de la Santé ? Qu’en serat-il demain, lorsque les critères de formation joueront moins que les « références » personnelles, parce que le 4° âge manque de personnel qualifié, parce qu’il n’y a pas de crédits pour les payer ?
Les sectes infiltrent des pans du monde économique et réalisent, par l’exploitation de leurs adeptes, des profits inespérés. On a déjà évoqué la formation professionnelle, la santé, l’éducation hors structure scolaire. Mais les sectes sont aussi des partenaires industriels ou de service dans le domaine informatique, le consulting, le coaching. Elles ont une expérience incomparable dans l’extorsion du consentement, qui sert considérablement dans les méthodes modernes de management. Elles contribuent aussi à la marchandisation du corps humain. A l’instar de ceux qui ont fait breveter le génome humain, la secte des Raéliens a mené la bataille médiatique sur le clonage. Et elle se place bien sur le marché en vendant les ovules de ses adeptes par sa société ©OVULAID.
Les Eglises monothéistes, parfois affaiblies, leur offrent un espace d’expression, voire les protègent. Comment expliquer autrement le soutien discret de l’Eglise catholique, elle-même traversée par quelques dérives sectaires souvent tardivement combattues (Monseigneur Barbarin vient seulement de mettre fin aux exactions de « Mère » Myriam contre les « religieuses » de sa communauté, dénoncées depuis plus de dix ans) ? Comment surtout expliquer l’attitude des protestants. Ceux qui en 1905 avaient porté la loi de séparation des églises et de l’Etat ne sont plus satisfaits de cette loi. Ils veulent, avec les évangélistes et pentecôtistes de plus en plus nombreux, presque majoritaires dans leurs rangs, manifester publiquement d’une foi qui se doit d’être prosélyte et conquérante. Ils réclament maintenant une révision de cette loi de 1905, pilier de notre République. Ainsi les religieux de tout poil pourraient revenir non seulement dans les prisons, l’armée et les lycées (où ils ont depuis 1905 une aumônerie), mais aussi dans les hôpitaux et tous les services publics.
La laïcité est le pilier, le garant de nos libertés républicaines, face aux sectes et aux communautarismes.
Parce qu’elle permet à toutes et tous de croire ou de ne pas croire, parce qu’elle délimite et sépare les domaines constitués par la sphère privée et la sphère publique, la Laïcité est un outil indispensable au service du développement de notre société républicaine.
Au moment où un ministre de la République déclare que cette séparation n’a pas de sens, que « les religions sont un plus pour la République », où il exhorte les religieux (sans préciser ce qu’il place sous ce vocable) à « intervenir dans le débat public », les socialistes doivent proclamer solennellement leur attachement à la Loi de 1905 et s’engager à ce qu’elle reste le moyen de mettre en oeuvre cet outil.
Au moment où les communautaristes accroissent leur influence, où certains organismes à caractère sectaire sont plus que jamais, proches d’une reconnaissance officielle totalement inacceptable, les socialistes doivent s’engager. La lutte contre les organismes à caractère sectaire nécessite une volonté politique forte.
Les socialistes doivent s’engager pour un renforcement des moyens de luttes contre les organismes à caractère sectaires et le rétablissement de l’Etat dans son rôle de garant des grands équilibres institutionnels, de garant de la liberté et de l’égalité des citoyens.
http://fig-st-die.education.fr/actes/actes_2002/fournier/article.htm
http://www.miviludes.gouv.fr/IMG/pdf/RAPPORT_MIVILUDES_2004.pdf